Randonnée & paysages

Tenir un carnet de croquis en randonnée : matériel léger, méthode et motifs du Razès

Randonnée & paysages · Publié le 2026-10-27

Page de carnet ancien avec deux croquis au lavis gris : un bouquet d'arbres et un paysage de village avec un clocher
John Singer Sargent, deux paysages, carnet de Suisse, 1870, Metropolitan Museum of Art. Domaine public (CC0), via Wikimedia Commons.

Le jeune John Singer Sargent, en voyage en Suisse en 1870, remplissait un carnet de petits paysages à l'aquarelle, parfois deux sur une même page. Rien de spectaculaire, mais une manière de regarder. Un carnet de croquis dans le sac change une randonnée : on s'arrête plus longtemps, on observe mieux, et l'on rapporte autre chose que des photographies. Voici comment s'équiper sans s'alourdir, et comment s'y prendre quand on n'a que dix minutes devant un paysage.

Le matériel : moins, c'est mieux

La règle d'or du croquis en marchant est la légèreté. Tout ce qui n'est pas sous la main au moment où l'on s'arrête ne sert pas. Un équipement minimal tient dans une poche de veste ou une petite pochette :

Inutile d'acheter du matériel coûteux pour commencer. Ce qui compte, c'est d'avoir le carnet avec soi, et de l'ouvrir.

La méthode : du général au détail

Devant un paysage, la tentation est de commencer par un détail que l'on trouve beau. C'est la meilleure façon de manquer de place ou de temps. La méthode inverse fonctionne mieux :

  1. Cadrer : choisir ce que l'on garde et ce que l'on laisse, en délimitant un rectangle sur la page.
  2. Placer l'horizon et les deux ou trois grandes masses : une colline, un bois, un village.
  3. Indiquer les valeurs : où est le plus sombre, où est le plus clair. Quelques hachures suffisent.
  4. Ajouter quelques détails au premier plan : un arbre, un muret, un toit.
  5. Noter la date, le lieu, l'heure, la lumière, éventuellement les couleurs en quelques mots.

Dix minutes devant un paysage valent mieux qu'une heure de regrets : un croquis inachevé reste un souvenir juste.

La lumière et la couleur

Dans le Midi, la lumière change vite. Le matin et la fin d'après-midi offrent des ombres longues qui sculptent les reliefs ; le plein midi aplatit tout et blanchit les couleurs. Si l'on peint à l'aquarelle, mieux vaut poser d'abord les grandes teintes, ciel, collines, vignes, en lavis clairs, puis renforcer les ombres. Les ocres, les terres de Sienne, un bleu outremer et un vert olive suffisent à rendre la plupart des paysages du Razès : terres claires, vignes, garrigues gris-vert et lointains bleutés.

Pour l'aquarelle en plein air, l'été, la chaleur fait sécher la peinture très vite : travaillez par petites zones, et profitez de l'ombre d'un arbre. Nos conseils pour randonner l'été dans l'Aude valent aussi pour les longues séances assis au soleil.

Les motifs du Razès

Le Limouxin et la haute vallée de l'Aude offrent une variété de motifs étonnante pour un territoire aussi resserré :

Pour les planches botaniques, notre article sur les plantes de la garrigue aide à identifier ce que l'on dessine. Et pour les grands paysages, les étapes du Sentier cathare offrent des points de vue qui justifient à eux seuls de sortir le carnet.

Quelques exercices pour progresser

Ces exercices courts se glissent facilement dans une journée de marche, à chaque pause. Au bout de quelques semaines, on dessine plus vite, on simplifie mieux, et le carnet devient un véritable journal de route.

Avec des enfants, le carnet devient un jeu : chacun choisit un motif à chaque pause, et l'on regarde ensemble les dessins le soir. C'est une manière simple de rendre une marche plus attentive, et de garder une trace de la journée.

Dessiner dehors, avec égards

Dessiner sur le motif suppose quelques égards. Dans les vignes, on reste en bordure des parcelles, sans gêner les travaux. Dans les villages, on demande volontiers la permission avant de dessiner une maison de près ou une personne, et l'on évite de bloquer une ruelle. Les habitants sont souvent curieux de voir le résultat : c'est l'une des joies du croquis que de provoquer la conversation.

Garder et reprendre ses croquis

Un carnet rempli devient une archive personnelle, souvent plus précieuse que des centaines de photographies. Numérotez vos carnets, datez chaque page, et n'arrachez rien : les croquis ratés montrent les progrès. De retour à l'atelier, certains servent de point de départ à des œuvres plus abouties, peintures ou gravures. Ils sont aussi le meilleur moyen de se souvenir de la lumière d'un lieu, que l'appareil photo restitue mal.

Sources