La lumière d'atelier : lumière du nord, verrières et éclairage artificiel

Dans le célèbre tableau de Vermeer, la lumière vient de la gauche, d'une fenêtre que l'on devine derrière le rideau, et baigne d'une clarté égale le modèle, la carte accrochée au mur et la toile du peintre. Ce n'est pas un hasard : depuis des siècles, les artistes organisent leur atelier autour de la lumière. Comprendre pourquoi permet de mieux choisir un lieu de travail, de mieux l'aménager, et de mieux compléter la lumière du jour quand elle manque.
Pourquoi le nord ?
Dans l'hémisphère Nord, une ouverture tournée vers le nord ne reçoit pratiquement jamais le soleil direct. Elle laisse entrer la lumière du ciel, diffuse, dont l'intensité et la couleur varient beaucoup moins au cours de la journée que celles d'une fenêtre au sud. Pour un peintre, c'est essentiel : une tache de soleil qui glisse sur la toile change les valeurs et les couleurs d'une heure à l'autre, éblouit, chauffe la couche picturale et oblige à interrompre le travail. La lumière du nord, elle, permet de juger les couleurs dans des conditions à peu près constantes.
Elle a ses défauts : elle est plus froide, plus bleutée que la lumière du soleil, et plus faible, surtout en hiver. Un tableau peint exclusivement sous cette lumière peut paraître plus chaud une fois accroché dans une pièce éclairée par des lampes. Beaucoup d'artistes vérifient donc leur travail sous plusieurs éclairages.
Le Sud a ses atouts
Dans le Limouxin comme dans tout le Midi, la lumière du jour est abondante, et une orientation sud n'est pas rédhibitoire. Elle demande d'être maîtrisée : volets intérieurs, toiles tendues, voilages blancs ou verre dépoli transforment un soleil direct en lumière diffuse. Pour un sculpteur ou un céramiste, une lumière plus contrastée est même parfois recherchée, car elle révèle les volumes et les reliefs. Ce qui compte, c'est de pouvoir choisir : une ouverture que l'on peut tamiser vaut mieux qu'une ouverture que l'on subit.
Fenêtres hautes, verrières et sheds
La position de l'ouverture compte autant que son orientation. Une fenêtre haute éclaire le fond de la pièce et donne une lumière qui tombe sur la toile en évitant les reflets ; une fenêtre basse éclaire surtout le sol. Les ateliers d'artistes construits à la fin du XIXe siècle à Paris en témoignent : grandes verrières verticales orientées au nord, souvent prolongées sur une partie de la toiture.
Les bâtiments industriels ont développé la même idée avec les toitures en sheds, ces toits en dents de scie dont les pans vitrés sont orientés au nord. Dans une grange ou une remise, on retrouve parfois cette logique avec une ouverture en pignon, une grande porte que l'on peut vitrer, ou des châssis de toit. Créer ou agrandir une ouverture modifie la façade et relève d'une autorisation d'urbanisme : notre guide pour trouver une maison avec atelier dans le Limouxin explique quelles démarches prévoir.
- Noter l'orientation de chaque ouverture avec une boussole.
- Repérer la hauteur des fenêtres et la profondeur de la pièce.
- Regarder les vis-à-vis : un mur blanc en face réfléchit, un grand arbre filtre.
- Revenir, si possible, à une autre heure de la journée.
L'éclairage artificiel : trois critères
Même dans un atelier bien orienté, la lumière du jour finit par manquer : en hiver, le soir, par temps couvert. L'éclairage artificiel doit alors prendre le relais sans fausser les couleurs. Trois critères permettent de choisir les sources, que l'on retrouve dans les recommandations de l'INRS sur l'éclairage des lieux de travail.
La température de couleur
Exprimée en kelvins (K), elle décrit la teinte de la lumière, des tons chauds et jaunes des basses valeurs aux tons froids et bleutés des valeurs élevées. L'INRS indique que la grande majorité des locaux de travail intérieurs sont éclairés entre 3 000 et 4 000 K, et que des valeurs plus élevées, jusqu'à 6 500 K, peuvent convenir aux tâches visuelles exigeantes, comme la reconnaissance des couleurs, à condition d'un niveau d'éclairement élevé.
L'indice de rendu des couleurs
Noté IRC ou Ra, sur une échelle de 0 à 100, il indique la fidélité avec laquelle une source restitue les couleurs par rapport à une lumière de référence. L'INRS recommande un indice d'au moins 80 pour la plupart des activités professionnelles, et de préférence d'au moins 90 quand la couleur joue un rôle important dans la tâche. Pour un peintre, un illustrateur ou un céramiste qui juge des émaux, c'est évidemment le cas.
L'uniformité
L'INRS recommande aussi de conserver une température de couleur homogène dans un même espace de travail, pour éviter l'inconfort visuel. Mélanger une lampe chaude et un tube froid au-dessus du même chevalet est le meilleur moyen de ne plus savoir quelle couleur on pose.
Une seule température de couleur au-dessus du chevalet, et un indice de rendu des couleurs le plus élevé possible.
Éviter l'éblouissement et les reflets
Une toile vernie, un émail brillant, un verre d'encadrement renvoient la lumière. La source doit être placée de façon à ne pas créer de reflet dans l'axe du regard : en général, de côté et légèrement au-dessus, comme la fenêtre du tableau de Vermeer. Les sources nues et ponctuelles éblouissent ; on leur préfère des luminaires diffusants ou un éclairage indirect sur un mur ou un plafond clair. Les murs eux-mêmes comptent : des teintes neutres, plutôt claires, évitent de colorer la lumière réfléchie sur l'œuvre.
Lumière, chaleur et conservation
Une verrière exposée au soleil chauffe fortement l'atelier l'été, ce qui accélère l'évaporation des solvants et rend le travail pénible. Stores, brise-soleil et ventilation sont alors indispensables, d'autant que les vapeurs de solvants doivent être évacuées, comme nous l'expliquons dans notre article sur la peinture à l'huile en sécurité. Enfin, la lumière abîme les œuvres terminées : dessins, aquarelles et tirages photographiques supportent mal une exposition prolongée. Rangez-les à l'abri, loin des ouvertures, une fois achevés.
Sources
- INRS, « Conception des lieux et des situations de travail : éclairage », brochure ED 161 : inrs.fr.
- INRS, dossier « Éclairage des lieux de travail » : inrs.fr.
- Code du travail, article R. 4223-2 (éclairage des lieux de travail).
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